Trois numéros du bulletin sont publiés chaque année.
Les numéros déjà parus sont disponibles au coût de 5,00 $ chacun.

 

Juin 2017 – volume 25, numéro 2, 86e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page 2

Le mot du président – page 3

Le mot du rédacteur en chef – page 4

Nouveau livre de Sylvie Drapeau – page 4

De réfugiés népalais au travail à la ferme – page  5

Spécial 25e anniversaire! – page 9

25e rencontre des Drapeau à Montréal – page 16

Les quatre saisons de Gilles Drapeau – page 19

Avis de décès – page 21

Des nouvelles?– page 22

Par Jannine Drapeau

L’été dernier, un reportage très intéressant d’Isabelle Porter publié dans le journal Le Devoir avait pour titre: «Des réfugiés recrutés par les fermes laitières»[1]. Mme Porter rapportait le cas d’un réfugié népalais récemment engagé sur une ferme de Ste-Françoise, dans la MRC de Bécancour. L’équipe du bulletin souhaite informer ses lecteurs des résultats de cette aventure vécue à la ferme Drapeau et Bélanger, opérée par une troisième génération de Drapeau[2]. Depuis l’article du Devoir, le frère du premier Népalais y a été embauché lui aussi, ce qui ajoute une deuxième famille de nouveaux arrivants vivant sur cette ferme.

Qui sont ces Népalais vivant maintenant dans une méga ferme du petit village de Ste-Françoise (moins de 500 âmes) où les rapports entre les gens sont simples et sans méfiance, si bien qu’on n’y sent pas nécessairement le besoin de fermer sa maison à clef?

Comment leurs patrons, le couple Dominic Drapeau et Célia Nault, évaluent-ils la contribution de ces immigrants qui furent les premiers à bénéficier d’un projet-pilote de formation en milieu de travail sur une ferme laitière?

 

Les origines du projet

Rappelons tout de suite que ce recrutement d’ouvriers agricoles n’est pas que l’effet du hasard. Il est le fruit d’une longue planification à la suite des besoins exprimés par Mario Lyonnais (maire de Ste-Françoise et préfet de la MRC de Bécancour) et Normand Gagnon (maire de Fortierville). À la tête de municipalités agricoles voisines, tous deux cherchaient activement à pallier les besoins criants en main-d’œuvre agricole stable et à assurer la revitalisation de leur village respectif, par l’accueil de jeunes familles. Ces besoins préoccupaient aussi Mme Céline Auger, de Fortierville, qui enseignait alors à Québec en francisation des immigrants adultes. Elle voyait pour sa part dans l’agriculture, un débouché qui pourrait permettre à certains de ses étudiants de réaliser leur plein potentiel, tout en gagnant honorablement leur vie.

Les démarches que ces trois personnes effectuées avec détermination et persévérance ont donné naissance à un Projet-Pilote de Revitalisation, avec la précieuse contribution d’Agricarrières (un comité sectoriel de la main d’œuvre agricole) soutenu par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT, gouvernement du Québec). C’est ainsi que des critères ont été fixés, tant pour la sélection des employeurs que des immigrants susceptibles d’être embauchés. Des exigences ont aussi été imposées aux employeurs intéressés par ce projet.

Un programme de formation au travail dans les fermes laitières a ensuite été élaboré par Agricarrières, en lien avec le Programme d’apprentissage en milieu de travail (PAMT, administré par Emploi Québec). Au final, les coûts de formation des immigrés embauchés sont assumés par la CPMT. Mentionnons cependant qu’au départ, tout cela n’aurait pas été possible sans la contribution financière de 6 000 $ versée par chacune des municipalités impliquées, sans oublier celle de 5 000$ de la Caisse Desjardins locale pour des dépenses associées à ce projet qui profite à toute la communauté

Comment cela s’est-il réalisé?

Grâce au projet- pilote, M. Dik Waiba, le premier ouvrier népalais embauché à Ste-Françoise, a bénéficié d’une visite exploratoire d’une journée sur la ferme Drapeau et Bélanger. Il faisait partie d’un groupe d’immigrants intéressés à mieux connaître le genre de travail disponible sur une de ces fermes qui cherchent à recruter des employés permanents stables.

Mentionnons tout de suite que la ferme Drapeau et Bélanger est une ferme laitière hautement automatisée avec plus de 1 000 bêtes qui circulent librement dans l’étable. Elle compte quelque 625 vaches à traire 3 fois par jour, les autres animaux étant des taures ou des veaux. Elle exploite aussi au-delà de 3 700 acres de terrain en grande culture (fourrage et céréales tels le soya, le maïs, le blé et l’avoine), à la fois pour les besoins de la ferme et pour la vente.

Très encouragé par sa femme à aller de l’avant, M. Waiba a eu droit à un stage d’expérimentation de trois jours, pour lui permettre de s’assurer qu’il désirait vraiment occuper l’emploi à combler. On lui offrait d’exécuter les tâches associées à la traite des vaches deux fois/jour et au nettoyage de l’étable, deux fonctions automatisées mais qui nécessitent tout de même l’intervention de deux employés adéquatement préparés qui travaillent en duo.

Ses patrons devaient de leur côté, s’engager à lui offrir un travail à plein temps sur une base permanente, avec des conditions de travail compétitives. Ils devaient aussi assurer sa formation selon le programme mis au point, tout en favorisant son intégration à l’emploi. Ils devaient de plus poursuivre leur implication auprès de cet employé au-delà de sa période de formation.

C’est dans ces conditions que M. Waiba fut engagé comme ouvrier/apprenti. D’autres employés chargés de son apprentissage lui montraient et lui expliquaient, au fur et à mesure, le pourquoi et le comment des tâches qu’il avait à exécuter. En tout, 24 semaines ont ainsi été allouées à son entraînement au travail. Soulignons que les 20 dernières semaines de sa formation plus poussée ont l’avantage de mener, éventuellement, à une attestation de qualification professionnelle décernée par Emploi Québec.

D’un camp de réfugiés à la ferme laitière

Depuis sa plus tendre enfance, M. Waiba avait vécu, avec sa famille, dans un camp de plus de 100 000 réfugiés ethniques, au sud du Népal. Il s’agit d’un camp mis sur pied dans les années 1990 et dirigé par l’ONU. À la demande de cet organisme le Canada a accepté, en 2007 de faire venir et de prendre en charge bon nombre de ces familles de réfugiés népalais (environ 6 500 au total), dont environ un millier s’est retrouvé à Québec. C’est là que depuis 2012, tous les membres de la famille Waiba ont recommencé leur vie et fait des efforts constants pour apprendre le français, pour gagner leur vie et s’intégrer à  la société québécoise.

À Québec, Dik a eu la chance de décrocher un emploi manuel dans une entreprise d’environ 300 personnes où il a travaillé pendant plusieurs mois. Malheureusement, les déboires de la compagnie ont fait en sorte qu’il a perdu son emploi. Pendant ce temps, lui et sa femme Bimaya sont devenus parents d’un deuxième enfant, leur premier garçon étant alors âgé d’environ 7 ans.

Imaginons donc un père de famille de 26 ans, impatient de gagner sa vie et celle de sa famille. Il arrive comme un néophyte, dans une entreprise agricole où il est affecté aux vaches laitières, alors qu’il n’a connu que la traite manuelle des vaches!  Pourtant, il se trouve très chanceux!

Encadrement et adaptation

Comme la ferme Drapeau et Bélanger comprenait déjà une maison non habitée sur un terrain situé à proximité, c’est là qu’en ce beau mois de juin 2016, la famille de Dik a été invitée à s’installer, moyennant un loyer modique. Dans les bâtiments attenants à la maison, ils planifiaient déjà élever des poules et quelques porcs, et faire un jardin sur le terrain adjacent.

Mme Céline Auger, toujours très impliquée dans ce projet, veillait aussi au grain. C’est elle qui avait coordonné les approches entre des immigrants sans emploi et les propriétaires de fermes laitières à la recherche d’employés. Elle agit maintenant, avec Mme Suzanne Laroche, comme conseillère stratégique dans le cadre de ce projet-pilote. En outre, elles interviennent tant auprès des nouveaux venus qu’auprès de leur employeur, pour favoriser l’adaptation de part et d’autre. Ainsi, par des visites régulières chez Dik et Bimaya, Mmes Auger et Laroche s’assuraient de la mise en place de conditions favorisant l’intégration de leur famille, notamment pour la francisation, la connaissance du milieu, l’inscription et le suivi du jeune garçon à l’école et dans un camp de vacances, l’aide aux devoirs, etc.

À Québec, lorsque Dik parlait de ses conditions de travail et de sa nouvelle vie à Ste-Françoise, beaucoup de ses congénères croyaient qu’il leur mentait… Il m’a même avoué d’un air coquin «Sont jaloux!». Une fois leur installation complétée, les nouveaux venus recevaient très souvent des visiteurs les fins de semaine, tant du côté de leur famille que de leurs amis népalais de Québec. Sauf les fins de semaine où ils allaient eux-mêmes là-bas, puisqu’ils habitent à 50 minutes du pont Pierre-Laporte, en automobile.

Waiba avoue avoir trouvé son initiation au travail difficile, principalement à cause de ses limites en français et de son manque de connaissance des technologies. Il a par exemple dû faire énormément d’efforts pour mémoriser le vocabulaire en usage sur la ferme et assimiler les procédures technologiques qu’il avait à programmer. En contrepartie, il trouvait ses instructeurs très patients et attentifs à ses besoins. Ils sont même devenus en quelque sorte, ses premiers amis, à Ste-Françoise.

De leur côté, ses patrons, le couple Drapeau-Nault a vite apprécié le potentiel de leur nouvel ouvrier/apprenti. Malgré les difficultés liées à la langue et au caractère plutôt réservé de Dik, ils ont reconnu chez lui une personne très travaillante, désireuse d’apprendre, très motivée, responsable, respectueuse des autres et constante dans son travail.

Si bien qu’après quelques mois, ils ont proposé à Buddha Singh, le frère de Dik, de venir travailler à la ferme aux côtés de ce dernier, et ce, aux mêmes conditions que lui. C’est ainsi que dans deux maisons situées à proximité de la ferme Drapeau et Bélanger, il y a maintenant deux familles népalaises installées à Ste-Françoise qui sont l’objet d’attention de la part de mesdames Auger et Laroche. Les principaux intéressés, patrons et employés vous diront, de part et d’autre, comme ils sont contents de leur décision!

Dominic et Célia, modèles pour la relève

Jeune agriculteur d'élite du Canada-Association des familles Drapeau.Dominique et Célia sont, avec les parents de Dominic, Michel Drapeau et Sylvie Bélanger, les associés propriétaires de la ferme familiale dont ils gèrent maintenant les destinées. Ils ont quatre enfants (dont deux jumeaux) âgés de 7 à 11 ans et comptent bien garder leur vie familiale en haut de leur liste de priorités, pour toujours passer du temps de qualité avec leurs enfants, malgré une vie passablement occupée. Avec une vingtaine d’employés à gérer dont une douzaine à plein temps, ils n’ont pourtant pas peur d’innover et ils font montre d’un dynamisme hors du commun.

À preuve, ils ont été élus Jeunes agriculteurs d’élite du Québec en août 2016, un prix décerné chaque année à un couple d’agriculteurs de moins de quarante ans qui s’illustre pour les résultats remarquables qu’il a obtenus dans son domaine de production agricole. Une fois dans la liste des sept représentants en nomination pour le même titre, à l’échelle du Canada, ils se sont démarqués au point d’obtenir le titre de Jeunes agriculteurs d’élite du Canada à Niagara Falls, le 2 décembre dernier.

Mentionnons que le couple a été à l’origine d’un regroupement, en 2010, des grandes fermes laitières du Québec comprenant environ 90 fermes.

Parmi les progrès réalisés, soulignons qu’en 6 ans, leur production laitière a augmenté de 40% pour atteindre 21 000 à 22 000 litres de lait par jour, en moyenne. C’est comme si un litre de lait de leur ferme se glissait dans le frigo de plus de 20 000 foyers chaque jour. En dix ans, le rendement moyen par année, par vache, a même augmenté de près de 3 000 litres.

L’ajout de la traite du midi, en plus de celles du matin et du soir, y contribue pour une large part. J’ai pu constater la patience avec laquelle les vaches attendent leur tour pour se placer dans le carrousel de traite, qui compte 36 trayeuses. Un signe qu’elles en ressentent les bienfaits. C’est ici que le gros du travail des frères Waiba s’inscrit, car l’un d’eux doit désinfecter les pis de chaque vache, avant que l’autre lui installe la trayeuse bien programmée pour identifier la vache en cause et analyser son lait. Un travail qui peut s’étaler sur près de trois heures, pour l’ensemble des vaches à traire.

Nouvelles technologies à la ferme

D’autres innovations[1] constituent des améliorations majeures apportées à leurs installations :

  • chaque vache porte un collier avec microphone pour analyser ses ruminements, car un changement dans son alimentation peut indiquer qu’elle est malade;
  • toute vache en gestation porte une sonde thermique pour indiquer, 24 à 48 heures à l’avance, par message texte, qu’elle est sur le point de vêler et un autre message texte signalera que son travail est commencé;
  • les vaches portent aussi un micro/détecteur de mouvements pour identifier celles qui sont en chaleurs, pendant leur cycle de reproduction;
  • des analyses d’ADN sont pratiquées sur chaque veau qui naît à la ferme pour sélectionner les plus prometteurs pour le troupeau.

Du côté des champs en grandes cultures, les propriétaires en ont doublé la superficie pour un rendement accru de 5 à 10% par année, depuis quatre ans. Encore là, ils ont recours à de nouvelles technologies, telles des drones et le guidage par satellite pour améliorer, grâce à des données plus précises, la prise de décision dans le nivellement et le drainage des terrains, l’ensemencement, l’épandage d’engrais et l’arrosage.

Ces quelques exemples illustrent la direction que s’est fixée le couple, pour maintenir une bonne vitesse de croisière pour leur entreprise. Elle se résume à toujours maintenir le troupeau en bonne santé, assurer une gestion très serrée de ses différentes composantes tout en se gardant du temps pour la vie familiale.

Point de vue des frères et Buddha

En définitive, les deux Népalais et leurs familles que j’ai rencontrés m’ont paru très contents de leur nouvelle vie. Dik semble encore surpris de pouvoir gagner sa vie et mettre de l’argent de côté avec un travail qui n’est même pas fatigant! Et les odeurs dans l’étable? Pas de problème, puisque les excréments sont régulièrement nettoyés. Au surplus, à la ferme, ils apprécient le travail d’équipe où leur contribution est importante.

Au départ, Dik avait l’ambition de travailler à la ferme 5 ou 6 ans. Il envisage maintenant de «faire sa vie» à Ste-Françoise, où les gens sont simples, accueillants et chaleureux. Les montagnes du Népal ne leur manquent pas non plus, dans ce paysage de plaine, car «dans les montagnes, la vie est très dure!» nous dira Dik qui semble le plus à l’aise, pour s’exprimer en français.

Ces nouveaux arrivants aiment leur vie à la campagne où ils planifient planter bientôt, dans leur jardin, des patates, radis blancs, laitues, tomates, poivrons, oignons et ail, sans compter les citrouilles dont la chair est très prisée dans la cuisine népalaise. Même Raju, le petit garçon de 11 ans semble maintenant intégré à l’école, après quelques ajustements  compréhensibles. Son père s’étonne même qu’il lui parle en français, lorsqu’il revient de l’école. D’autre part, la fille aînée de Buddha, âgée de cinq ans  comprend assez bien le français pour servir d’interprète, à l’occasion. Ils attribuent ses progrès rapides à l’écoute des émissions pour enfants, à la télévision.

**Une vidéo de Radio-Canada est disponible où on peut voir le couple Drapeau-Nault parler de ces innovations avec leurs vaches en arrière-plan et dont voici le lien : http://ici.radio-canada.ca/audio-video/media-7647119/un-couple-du-centre-du-quebec-nomme-jeunes-agriculteurs-delite-du-canada

Un bon départ pour le projet-pilote

Visiblement, Dominic Drapeau et Célia Nault sont plus que satisfaits du travail des frères Waiba et très contents de participer à l’intégration de nouvelles familles dans leur milieu de vie. Le couple continue de se réjouir de leur décision d’avoir recours à des immigrés pour pourvoir des postes d’employés permanents. Cela diminue la rotation d’employés forcément temporaires, dans des postes souvent comblés par des étudiants qui doivent tour à tour quitter pour poursuivre leurs études ailleurs.

Un troisième frère Waiba a fait un stage d’expérimentation de trois jours dans une ferme de Fortierville, mais il a dû renoncer à son désir de travailler comme ouvrier agricole, car il a vite développé une allergie, sans savoir précisément à quoi. Qu’importe, il poursuit les démarches pour s’acheter une maison dans ce même village et Mme Auger a confiance qu’il pourra décrocher un emploi dans une entreprise de la région.

À la ferme Drapeau et Bélanger, on attendait prochainement la visite, avec d’autres fermes écoles de Ste Françoise et Fortierville, d’une vingtaine de Syriens immigrés au Centre du Québec, pilotés par Mmes Auger et Laroche et désireux de trouver un emploi éventuellement en agriculture.

Pour le recrutement d’employés éventuels, Mme Laroche déplore cependant une lacune. Le manque de données sur les récents immigrés au Québec ne permet pas d’identifier facilement ceux qui ont un intérêt en agriculture.

Voilà donc un projet qui semble très bien conçu et organisé. Il porte en lui tous les espoirs de créer d’autres heureux, tant du côté des nouveaux arrivants que du côté de leurs patrons, sans compter la revitalisation des petits villages et l’intégration harmonieuse de nouveaux arrivants à la société québécoise. Il vient même de franchir une autre étape. Maintenant plus structuré, le voilà devenu officiellement un organisme sans but lucratif d’accueil, d’intégration et d’accompagnement à l’emploi pour les personnes immigrantes dans la région vient de se créer. On souhaite à ce genre de projets tout le succès possible, y compris une extension à d’autres communautés susceptibles de bénéficier de l’arrivée de travailleurs immigrants et de leur famille.

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Collaboratrice de longue date au Bulletin Le Drapeau, Janine Drapeau est une infirmière retraitée qui n’a jamais fait la traite des vaches! Cependant, toute jeune, sur la petite ferme de ses parents, Joseph Drapeau et Andrena Roy, à Charny, elle a collaboré à la distribution du lait de porte en porte. Après avoir obtenu une maîtrise en soins infirmiers, elle a surtout œuvré comme enseignante dans le milieu hospitalier, notamment à l’Hôpital Notre-Dame à Montréal, où elle travaillait comme infirmière-conseil dans la formation en cours d’emploi des infirmières.

[1] On peut relire cet article sur le lien suivant : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/477327/des-refugies-recrutes-par-les-fermes-laitieres

[2] On trouve dans notre bulletin de juillet 2007 un article où le grand-père, Marcel Drapeau, relatait son parcours, à l’origine de ces installations. Voir https://fr-ca.facebook.com/FamillesDrapeau/

 

Mars 2017 – volume 25, numéro 1, 85e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page 2

Le mot du président – page 3

Le mot du rédacteur en chef  – page 4

Décès d’Henri Bourgouin – page 5

Nos cégeps ont 50 ans – page  6

25e rencontre des Drapeau à Montréal – page 11

Journée de l’autisme le 2 avril – page 12

Des nouvelles?– page 13

Avis de décès – page 14

Par Nicole Lafleur

Eh oui! Les cégeps ont vu le jour à l’automne 1967. Pour apprécier le chemin parcouru au Québec grâce à eux, rappelons la situation qui prévalait en matière d’éducation avant 1960 et les enjeux auxquels le Québec faisait alors face. On verra ce qui a mené à la refonte complète du système éducatif québécois et à la création des cégeps. Par la suite, nous décrirons l’implantation de ce dispositif éducatif unique en Occident de même que les ajustements apportés au fil des ans, avant de conclure sur l’efficacité du système collégial par rapport aux objectifs qui lui étaient assignés.

Les années 1960

Illustrons d’abord la situation d’alors par le cas d’une famille de la rive sud de Québec, ma belle-famille. Hélène était la sixième des enfants de Joseph Drapeau, laitier à Charny et d’Andréna Roy, tous deux originaires de Saint-Henri-de-Lévis. Après avoir terminé son cours commercial au Couvent de Charny, Hélène a travaillé comme secrétaire. En 1966 elle fut embauchée par le frère Hormidas Gélinas qui venait d’être nommé directeur général du futur cégep de Sainte-Foy et qui veillait à son implantation.

Les treize enfants de Joseph et Andréna ont connu le système scolaire d’avant les transformations et ont eu accès gratuitement aux écoles de la commission scolaire locale. Pour les filles, tout le secondaire était offert à Charny. Après la neuvième année, elles pouvaient poursuivre au commercial ou au scientifique. Pour les garçons, terminer son secondaire voulait dire, après la 9e  année, quitter le village pour se rendre dans un collège géré par la même communauté de frères ou fréquenter d’autres écoles de la région de Québec ou de Lévis.

Chaque commission scolaire, tout comme chaque école privée, gérait ses programmes et ses diplômes. Changer d’école présentait des défis et de réels obstacles au plan du cheminement scolaire tout en générant des coûts pouvant devenir inabordables.

Chez les Drapeau, un seul des garçons et deux des six filles survivantes ont obtenu un diplôme secondaire. Par ailleurs, après avoir repris les cours exigés par l’École des infirmières de l’hôpital Saint-Michel-Archange, une d’entre elles a réussi à s’y faire admettre. Il faut, dans le contexte de l’époque, admirer sa détermination et son courage car, à cette époque, l’éducation des adultes ne faisait pas partie du système.

La famille Drapeau vivait à proximité d’une zone urbaine pourvue d’écoles privées et publiques, d’instituts professionnels, de collèges classiques et d’une université. Cela présentait un avantage, mais les frais de scolarité constituaient souvent un obstacle infranchissable. Aucun Drapeau n’a fréquenté de collège classique, voie privilégiée d’accès à l’université. Cependant, le plus jeune d’entre eux fut admis à Laval après avoir réussi la propédeutique requise par l’université pour l’admission en génie. Deux de ses frères plus âgés avaient commencé une formation commerciale dans un institut de Québec mais ne l’avaient pas terminée. En zone rurale, il y a encore les écoles de rang où les conditions sont rarement réunies pour assurer la poursuite des études. Loin d’un centre urbain et entraînant des frais importants pour certaines familles, l’accès à l’éducation et aux diplômes est presque impensable…

Au début des années 1960, 63% des élèves francophones finissent leur 7e  année et seulement

13% leur onzième alors que 36% des anglophones atteignent ce niveau. Il existe au Québec  plus de 1 500 commissions scolaires qui gèrent leurs programmes et la reconnaissance de leurs diplômes selon leurs propres critères. Si on veut poursuivre des études universitaires, peu accessibles aux filles toutefois, il faut s’inscrire au cours classique après sa 7e  année et y réussir les huit années prévues (il existe quelques autres options, mais limitées). À la fin des années 1950, il existe une centaine de collèges classiques dont seulement vingt sont ouverts aux filles. Ces dernières se retrouvent surtout cantonnées au secrétariat, à l’enseignement et aux soins infirmiers. En 1960, les données disponibles indiquent que 3% des jeunes francophones de 20 à 24 ans fréquentent l’université contre 11% des anglophones du même âge. L’éducation supérieure est alors peu accessible et coûte cher. Le Québec est très en retard et un rattrapage majeur doit être réalisé.

Une réelle volonté de changement

Déjà, au cours des années 1950, on dénonce la faible scolarisation des francophones, le sous-financement de l’enseignement, la faible accessibilité aux études et l’absence d’une autorité politique unifiée sur l’éducation pour garantir la sanction des études (les diplômes) et la qualité de la formation. Des voix fortes s’élèvent pour réclamer une commission d’enquête pour étudier la situation.

Le Québec, en profonde mutation démographique, économique et sociologique, a besoin de citoyens éduqués pour faire face à ses besoins sociaux,

démocratiques, scientifiques et technologiques. En 1960, le Parti libéral du Québec, alors dans l’opposition, propose dans son programme électoral de créer une Commission royale d’enquête sur l’éducation, ce qu’il réalisera dès son accession au pouvoir. En février 1961, il crée ladite commission compte tenu «des multiples problèmes à tous les niveaux de l’enseignement1. Cette commission sera présidée par Mgr Alphonse-Marie Parent.

Vu l’urgence de la situation, le gouvernement du Québec demande à la Commission de déposer son rapport au 31 décembre 1962. La première partie du rapport est cependant déposée en avril 1963. Elle propose la création d’une autorité intégratrice, le ministère de l’Éducation (MÉQ) pour assurer l’accessibilité à l’éducation sur tout le territoire et des diplômes équivalents. La Commission suggère aussi de revoir la totalité des structures éducationnelle. Elle veut éliminer l’éparpillement et relier les niveaux, les concevoir comme des passages les uns vers les autres. À l’époque, le Québec n’est pas le seul à se préoccuper de son système éducatif, tous les états occidentaux font face au même défi, celui d’accéder à la modernité.

Nouveau modèle pour l’éducation post-secondaire

Après avoir revu l’enseignement primaire et secondaire, la Commission se penche sur le modèle à adopter pour permettre au plus grand nombre de jeunes d’étudier plus longtemps. La Commission souhaite aussi accorder un délai aux jeunes voulant mûrir leur choix d’orientation. Comme le rappelle Guy Rocher2 la Commission, après avoir examiné les modèles canadien et nord-américain, a conclu que malgré la prévalence de cette approche, elle n’offre pas de meilleure garantie contre les échecs lors du passage de la 12e année vers l’enseignement supérieur, ni une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur.

C’est ainsi qu’une formation intermédiaire entre le secondaire et l’enseignement supérieur s’est imposée. Ce nouveau modèle d’enseignement, unique en Occident, s’articulait autour du concept novateur d’assurer une formation générale commune à tous les collégiens, d’accroître leur polyvalence, de minimiser les impacts des changements d’orientation en cours de route et de faire se côtoyer futurs universitaires et technologues. Par les changements proposés, la Commission souhaitait créer les assises d’une vie démocratique plus solide au Québec. De plus, cet «institut» (c’est ainsi que la Commission nommait les futurs établissements) devait s’inscrire dans la réalité régionale. Dès janvier 1965, Paul-Gérin Lajoie, ministre de l’Éducation, crée un comité de planification pour mettre en œuvre les recommandations du Rapport. Ce comité dépose ses résultats en avril 1966 dans un contexte préélectoral qui ramène au pouvoir, en juin 1966, l’Union nationale dirigée par Daniel Johnson père. Ce changement de gouvernement ne freine en rien les réformes tant attendues. Arthur Tremblay est maintenu dans ses fonctions de sous-ministre  par Jean-Jacques Bertrand, nouveau ministre de l’Éducation. Dès novembre 1966, les structures du MÉQ sont ajustées pour créer les premiers établissements du futur réseau collégial.

Le rapide essor des cégeps

L’appel de projets lancé aux régions pour créer les nouveaux établissements stipule que ceux-ci doivent être constitués à partir de collèges classiques, d’écoles normales ou d’instituts de technologie existants. Vingt-trois groupes régionaux manifestent leur intérêt, certains étant prêts à démarrer dès septembre 1967. Sept sont rapidement identifiés en mai, cinq autres pouvant voir le jour tout de suite après.

On accueille les premières cohortes d’étudiants en septembre 1967 à Chicoutimi, Jonquière, Rouyn, Limoilou (St-Jean-Eudes), Hull, Rimouski et Sainte-Foy. Il n’y en avait cependant aucun dans la région montréalaise. Devant les manifestations publiques d’insatisfaction, cinq autres projets sont annoncés : Longueuil, Valleyfield, Sainte-Thérèse, Sainte-Croix (Maisonneuve) et Ahuntsic. Une deuxième vague accueille ses premières cohortes en septembre 1968, soit au Vieux-Montréal, à St-Laurent, Rosemont, Bois-de-Boulogne, Dawson, Joliette, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean-sur-le-Richelieu, Trois-Rivières, Shawinigan, Sherbrooke et Gaspé.

Aujourd’hui, le réseau des cégeps est composé de 48 établissements (plus de 175 000 étudiants).

Certains ont été autorisés à créer des antennes3 sur leur territoire afin d’améliorer l’accessibilité aux études; d’autres ont une structure avec des succursales régionales (p. ex. le collège régional de Lanaudière).

Recherche et transfert technologique

Depuis 1983, les cégeps peuvent être autorisés à réaliser des travaux de recherche et de transfert technologique dans des domaines d’expertise qu’ils ont développés et qui leur sont reconnus par le MÉQ. Les quarante-neuf centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT)4 ont pour mission d’accompagner les organismes et les entreprises, particulièrement les PME, dans leur démarche d’innovation. Dans les cégeps, un bassin d’enseignants et de personnel technique très qualifiés s’est constitué au fil du temps. Il comprend 1300 experts détenteurs de post-doctorats, de doctorats, de maîtrises, de baccalauréats ou de techniques spécialisées qui, en plus de former les futurs diplômés, contribuent au développement économique de leur région et de tout le Québec dans le domaine reconnu par le mandat qui leur est confié. Un grand nombre de professeurs sont aussi associés comme chercheurs dans des équipes universitaires. On peut retrouver sur le site http://reseautranstech.qc.ca/ les informations concernant les CCTT et leur distribution régionale.

Évaluation et ajustements

Dès la mise en place du réseau des cégeps, certains reproches leur sont faits. À la fin des années 80, après vingt ans de mise en place et de développement, différents acteurs se questionnent sur l’atteinte des objectifs prévus. Des données observées à ce moment-là indiquent qu’il n’y a pas encore assez de jeunes qui poursuivent leurs études au collégial, particulièrement en formation technique et que le taux de diplomation n’est pas assez élevé.

De plus, on reproche aux programmes établis par les autorités ministérielles et dispensées par les collèges, de ne pas être assez souples pour s’adapter aux diverses réalités régionales.

En 1993, sous la direction de Mme Lucienne Robillard, alors ministre de l’Éducation, des changements majeurs sont arrêtés et la Loi des collèges d’enseignement général et professionnel est modifiée. On veut donner plus d’autonomie aux collèges dans la réalisation de leur mission mais aussi plus de responsabilités et d’obligations de reddition de compte. Des efforts considérables sont consacrés à cette réforme de l’enseignement collégial par les cégeps, les enseignants et autres professionnels.

Pour compléter ce transfert de responsabilités vers les collèges, un organisme d’évaluation externe est créé : la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial (CEEC). Son mandat est d’assurer la qualité de l’enseignement collégial et notamment d’en témoigner publiquement par ses rapports. On peut retrouver plus d’informations sur le CEEC sur le site http://www.ceec.gouv.qc.ca/ ainsi que tous les rapports publiés sur chacun des établissements collégiaux (cégeps, collèges privés subventionnés et établissements collégiaux privés non subventionnés).

Contrer le décrochage scolaire

Un observateur de l’enseignement collégial rencontré pour cet article affirme que depuis leur création, les cégeps vivent dangereusement au sens où leur pertinence est souvent remise en question. Ainsi en 2003 dans un «diagnostic accusateur», pour reprendre la formule de Pierre Fortin5, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) dénonce le gaspillage que constituent les cégeps. D’après la FCSQ une dépense excédentaire d’un milliard de dollars est imputée surtout aux cégeps où les étudiants restent trop longtemps et où un nombre nettement insuffisant d’étudiants au secteur technique sont formés. Sous la direction de l’économiste Pierre Fortin de l’Université du Québec à Montréal appuyé de Nathalie Havet et de Marc Van Auderode de l’Université Laval, une étude approfondie de l’argumentaire et des fondements du rapport de la FCSQ a été réalisée. Fortin y démontre (outre une erreur technique de double comptage dans le calcul des coûts de fréquentation), que «la durée des études pour l’obtention d’un diplôme universitaire n’est pas plus élevée au Québec que dans les autres provinces canadiennes, qu’il n’y a aucune base sérieuse pour soutenir que le Québec dépense inutilement pour soutenir des étudiants en trop dans les cégeps, et que loin de ralentir le cheminement des jeunes Québécois dans le système d’éducation, les cégeps servent au contraire à redresser leur tendance, manifeste au niveau secondaire, à décrocher des études plus tôt et en plus grand nombre que les jeunes des autres provinces canadiennes. (…) Il faut voir les cégeps comme un antidote à la forte propension des jeunes Québécois à décrocher du secondaire. Ce sont des accélérateurs de scolarisation.»

Pierre Fortin et ses collègues ont ensuite abordé les impacts des cégeps sur le système d’éducation, de l’économie et de la culture. Malgré le fait que les jeunes Québécois décrochent du secondaire, la performance relative des jeunes Québécois se redresse de façon remarquable; les chercheurs démontrent que cela est principalement dû à la présence et à l’action des cégeps. Ils considèrent que le système collégial québécois «atténue de manière significative les motifs de non-poursuite d’études post-secondaires au Canada, dont le manque d’argent, l’indécision sur l’orientation et l’éloignement du collège ou de l’université, tous obstacles à la persévérance des études». Ils concluent également que «la performance des cégeps contribue à réduire les inégalités sociales de manière particulièrement significative». D’après les auteurs, l’influence des cégeps, dépasse de beaucoup leurs activités éducatives immédiates. Et que dire de la place acquise par les femmes depuis leur accès aux cégeps!

Conclusion

Les cégeps ont été créés à la fin des années 1960 pour contribuer à hausser la scolarité d’un Québec entrant dans la modernité et démocratiser l’éducation. Par leur adaptation continue aux attentes de la société qui se sont exprimées au fil du temps et leur acharnement à faire en sorte que chaque jeune (et adulte) de chacune des régions puisse, selon ses talents, se faire une place et créer un avenir meilleur pour tous, les cégeps ont mérité respect et reconnaissance. Ma belle-sœur, Hélène Drapeau, était très fière des réalisations des cégeps et d’avoir contribué à soutenir les enseignants qui, chaque jour, font le collégial6. Espérons que tous les héritiers des cégeps, chacun à leur manière, saluent à travers ce cinquantième anniversaire, les artisans de cette institution, cette innovation très pertinente qu’est le cégep.

Nicole Lafleur a commencé sa carrière comme enseignante dans un Centre d’orientation et de formation des immigrants (COFI). Elle a consacré presque toute sa vie professionnelle au collégial, d’abord comme enseignante puis dans différents postes de gestion dont celui de directrice générale du cégep de Lévis-Lauzon. Elle a présidé la Commission d’évaluation de l’enseignement collégial de 2005 à 2010.

 

Décembre 2016 – volume 24, numéro 3, 84e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page 2

Le mot du président – page 3

Le mot du rédacteur en chef  – page 4

Rencontre à l’Île d’Orléans – page 5

Compte-rendu de l’AGA – page  6

Portrait de Dr. Pierre Drapeau – page 8

Nouveau site Internet et Facebook – page 12

Des nouvelles?– page 13

Avis de décès – page 14

Dr Pierre Drapeau-Association des Familles Drapeau.Pierre Drapeau a passé la majeure partie de sa vie à se mettre à l’écoute et à se rapprocher de la souffrance psychologique des autres afin de la soulager le mieux possible, comme psychiatre et psychanalyste, particulièrement chez les enfants. En 2006, la psychanalyste Louise Quintal parlait de lui comme celui qui est devenu, au Québec, une figure emblématique de la psychanalyse de l’enfant[1]. Car depuis plus de 50 ans, c’est avec autant d’enthousiasme que de dynamisme qu’il s’est investi comme clinicien, chercheur et professeur. Il visait à pousser toujours plus loin la quête de nouvelles pistes qui permettent de mieux comprendre et interpréter les labyrinthes de l’inconscient qui façonnent les émotions et dictent des comportements spécifiques à chaque individu.

Lorsque j’ai rencontré Pierre Drapeau, chez lui, à Outremont, il se relevait d’une chirurgie qui a entraîné cinq mois d’hospitalisation, suivis de deux mois de réadaptation à la marche.

Même s’il se déplaçait encore avec deux béquilles, il m’a paru très serein et confiant.  Content de son sort, il se réjouissait des mangeoires d’oiseaux bien garnies qu’on venait d’installer, près de la fenêtre de son bureau, là où il passe maintenant beaucoup de temps à l’écriture d’un livre.

N’allez pas croire qu’il s’agit d’une autobiographie! L’homme est d’un naturel bien modeste, malgré le leadership qu’il a toujours exercé dans son domaine de compétence. À la suite du récit d’un entretien qu’elle a eu avec lui, Louise Quintal dresse une liste des conférences qu’il a prononcées jusqu’en 2006,  pour différents congrès et colloques, dans les domaines psychologique, psychiatrique ou psychanalytique. On en compte vingt à Montréal et quatre autres à Ottawa, à Auxerre et Montpelier en France et une autre à Rome. Il a aussi à son crédit une dizaine d’articles publiés dans des revues scientifiques.

C’est à la demande de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, où il a été professeur de psychiatrie pendant plus de 25 ans, qu’il  rédige actuellement un livre sur l’enfant intérieur qu’on porte toujours en soi. Un livre qui se veut un legs, un condensé de toutes les connaissances et l’expertise qu’il a acquises ainsi que l’évolution de sa pensée, tout au cours de sa carrière de psychanalyste, tant chez les enfants que chez les adultes. Il en profitera sûrement pour rappeler les théories de Winnicott et de Klein, deux célèbres psychanalystes pour enfants qui ont profondément influencé sa pratique auprès de ses jeunes patients.

L’enfance dans le Bas-Saint-Laurent

Pierre Drapeau parle d’abondance de son enfance au village de l’Îsle Verte où il est né en 1934. Un milieu de vie idéal. Son père, Napoléon, est un médecin de campagne adoré dans son milieu. Sa mère, Germaine Dufresne, assiste parfois son mari en tant qu’infirmière tout en élevant, avec beaucoup de dévouement et de tendresse, ses quatre enfants: Georges, Pierre, Jeanne et Marie. Le couple est très uni et Pierre parle de son père comme d’un être extraordinaire, doué d’une grande sagesse, foncièrement bon, fidèle, attachant, sachant toutefois très bien imposer son autorité. Dans la famille, pratiquement tous les dimanches de son enfance furent consacrés à la visite chez les parents de son père, dans son village natal de St-Jean-de-Dieu.

En tant que médecin, à une époque où même la pénicilline n’avait pas encore été découverte et où les techniques de diagnostic étaient forcément rudimentaires, son père était convaincu qu’il y a une très large part de facteurs psychologiques dans la maladie. Très à l’écoute de ses malades, il traitait ceux-ci avec une grande humanité, il misait beaucoup sur l’influence de la psyché humaine sur les aléas de la santé. De la sorte, il gagnait leur confiance et réussissait, la plupart du temps, à guérir ses patients ou améliorer leur état de santé. Pour illustrer l’approche de son père avec ses malades, Pierre se souvient de l’avoir accompagné, avec son frère, pour acheter de l’éperlan qui venait tout juste d’être pêché au quai de l’Îsle Verte. C’était en prévision d’une visite que son père allait faire le jour même, à l’un de ses patients atteint d’un cancer. Il avait décidé d’ajouter au menu de ce grand malade, dans toute sa fraîcheur, le mets qu’il préférait.

Le psychanalyste parle pourtant de cette étape de sa vie comme d‘un cas typique d’une enfance apparemment dorée, mais marquée par un conflit inconscient père-fils. Une rivalité presque inévitable entre le jeune enfant et son parent du même sexe, pour la conquête du parent du sexe opposé, ce que Freud a décrit comme le complexe d’Oedipe. Dans ce beau nid douillet qui a bercé son enfance, le jeune Pierre ressentait vivement un sentiment d’infériorité.

Études et choix de carrière

Sa vie comme pensionnaire au Séminaire de Rimouski, où il a fait son cours classique, allait cependant vite développer sa confiance en soi et lui permettre de s’épanouir. Là-bas, il s’est découvert des talents comme lanceur à la balle molle et il excellait au tennis. Toujours curieux d’apprendre et de comprendre davantage, il adorait les études et ses notes s’en ressentaient. Peut-être plus mature que les jeunes de son âge, il lui est arrivé à quelques reprises de faire le voyage aller-retour sur le pouce, entre Îsle Verte et l’Abbaye de Saint-Benoît du Lac, pour s’offrir une semaine de grande lecture, dans le silence et l’écoute d’une belle musique.

C’est à l’exemple de son père, auquel il s’identifiait depuis plusieurs années, que son choix de carrière s’est imposé tout naturellement. Il allait devenir médecin psychiatre. Comme pour conforter son orientation, pendant son cours en médecine à l’Université Laval, il a choisi de passer ses étés à travailler comme préposé aux bénéficiaires, à l’Hôpital Robert-Giffard (qui s’appelait alors Hôpital St-Michel-Archange).

C’est là aussi, pendant sa deuxième année de spécialisation en psychiatrie, que le psychiatre Yvon Gauthier de l’hôpital Ste-Justine l’a convaincu de choisir, comme lui, la psychanalyse comme mode de traitement des malades souffrant de troubles mentaux.  L’arrivée d’une panoplie de médicaments traitant les symptômes des problèmes d’ordre mental devient d’usage courant pour les psychiatres. Ces médicaments ne s’attaquent cependant pas à la cause de la souffrance psychologique ressentie par le malade, pour y mettre fin. C’est là le grand avantage de la psychanalyse qui suppose, en contrepartie, un travail intensif de longue haleine, un travail de patience à l’écoute de la parole qui libère le patient de son malaise profond. Et tant qu’à tenter de guérir les problèmes mentaux à leur source, pourquoi ne pas le faire plus tôt dans la vie des patients, soit auprès des enfants?

Toujours en accord avec son idéal professionnel, le jeune médecin a terminé sa formation à l’hôpital Ste-Justine, rattachée à l’Université de Montréal, deux institutions auxquelles il est resté profondément attaché toute sa vie.

Une carrière riche et passionnante

Tout au long de sa vie professionnelle, il a partagé ses semaines de travail entre la consultation et le traitement en psychanalyse chez les enfants l’hôpital Ste-Justine, l’enseignement de la psychiatrie à la Faculté de médecine et  la psychanalyse pour les adultes, à son bureau privé. Idéaliste et toujours aussi passionné, il l’a fait avec la conviction que ces trois volets de sa pratique s’enrichissaient les uns les autres.

Ce travailleur acharné a occupé d’autres fonctions connexes qu’il a exercées avec le même zèle. Ainsi, à l’hôpital Ste-Justine, concurremment à son travail auprès des enfants, il cumulera à tour de rôle, les fonctions de directeur de l’enseignement en psychiatrie et de directeur du département de psychiatrie. On le devine, ce sont des responsabilités qui exigent des talents de communicateur et de conciliateur, en plus de bonnes habiletés de gestionnaire.

Et le temps passe avec ses hauts et ses bas

Il mène aussi une riche vie familiale auprès de ses trois enfants, nés d’un premier mariage, qui, devenus des adultes font la fierté de leur père. Il les a élevés tendrement, mais de façon disciplinée, avec la complicité du grand amour de sa vie, sa femme Suzelle Back, une artiste avec qui il partage une réelle passion pour les arts. Ses enfants, elle les a aimés et en a pris soin comme les siens propres. Avec le temps, cette famille s’est enrichie de cinq petits-enfants qui font la joie de leurs grands-parents.

Pierre ne demeurait pas très loin de l’hôpital et de l’université. Durant la belle saison, il pouvait même s’y rendre en vélo. Le vélo et le tennis sont d’ailleurs les deux sports qu’il adorait pratiquer, jusqu’à ce que la maladie ne l’en empêche en 2004.

Un accident vasculaire cérébral (AVC) l’a alors terrassé, pour le laisser paralysé du côté droit. Avec une détermination à toute épreuve, de grands efforts, beaucoup de patience et l’amour des siens, il s’en est heureusement tiré avec une légère faiblesse à la jambe droite et une main droite un peu gauche. Il peut dorénavant marcher à l’aide d’une canne et on lui a fourni une technologie qui lui permet de dicter ses textes à l’ordinateur, plutôt que d’avoir à les taper sur le clavier.

Avec un horaire moins chargé, il a ainsi pu travailler à l’hôpital, à l’université et à son bureau jusqu’à sa retraite officielle en 2009. Il continue cependant de suivre, à son bureau, certains patients en psychanalyse. Grâce aux nouvelles technologies, il se trouve chanceux de pouvoir garder contact avec ses ex-collègues, à travers la francophonie, pour discuter avec eux et se tenir à jour sur les nouveaux développements en psychanalyse.

Ce disciple de Freud se considère vraiment privilégié et heureux d’avoir pu exercer le métier, comme il l’appelle, qui l’a toujours  passionné et qui, avec l’amour des siens qu’il adore, a complètement rempli sa vie et comblé ses rêves.

[1] Texte principalement inspiré d’une entrevue avec Pierre Drapeau et du texte de Louise Quintal à son sujet dont voici les coordonnées  Confiance en la créativité de l’être. Entretien avec Pierre Drapeau par Louise Quintal, Filigrane, volume 15, numéro 2, 2006, pages 28 à 50 http://benhur.teluq.uquebec.ca/SPIP/filigrane/squelettes/docs/vol15_no2_automne/LQuintal.pdf

Par Janine Drapeau

Juin 2016 – volume 24, numéro 2, 83e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page 2

Le mot du président – page 3

Le mot du rédacteur en chef  – page 4

Rencontre à l’Île d’Orléans – page 5

Erratum: Mme Gisèle Bonneville-Drapeau – page  6

Portrait de Marguerite Drapeau – page 7

Chronique: Brèves nouvelles des Drapeau – page 11

Daniel Drapeau et Miralis – page 12

Armand Drapeau 1915-2016 – page 13

Avis de décès – page 14

Marguerite Drapeau.Je l’avoue d’emblée, j’ai un faible pour Marguerite, cousine de feu mon papa Pierre. Les détours de la vie étant ce qu’ils sont, je l’ai peu connue au fil des rencontres familiales. Je l’ai vraiment découverte grâce à l’Association des familles Drapeau dans les années 1990. Et ce fut un vrai coup de foudre! Laissez moi vous raconter…

Ça s’est passé lors des rencontres de l’Association. J’y accompagnais avec plaisir mes parents Pierre et Georgia et on se retrouvait souvent à la même table avec Marguerite, son époux feu Jean-Louis et son fils René-Pierre. On a eu des discussions sans fin sur nos lectures, nos voyages, sur l’actualité. J’y ai aussi fait la connaissance de sa sœur Marie-Claire, religieuse de la congrégation des Sœurs du Bon Pasteur, décédée en janvier 2014 à l’âge de 101 ans et demi.[1] Marguerite et elle étaient très liées et partageaient une complicité jamais démentie.

Après le décès de mes parents, j’ai maintenu le contact avec Marguerite. Nos relations ont évolué vers une tendre amitié qui met du soleil dans nos vies car nous comptons l’une pour l’autre. Marguerite aura 94 ans cet été. Elle est toujours vive et allumée et a d’ailleurs pris une résolution pour 2016: se remettre au piano … et elle la tient!

Au fil des années, j’ai aussi connu ses enfants. Rarement ai-je vu une famille aussi unie! Tous jouent du piano et se réunissent régulièrement pour des concerts improvisés chez l’un ou chez l’autre. Je leur ai demandé de me parler de Marguerite, pour en faire un portrait, vu par ses enfants.

 

Un début de vie bien rempli!

Le grand-père de Marguerite (mon arrière-grand-père Jean-Baptiste) a fait construire un triplex sur la rue Saint-Hubert à Montréal pour le bien-être de ses descendants. Édouard et Clémentine, les parents de Marguerite s’y sont installés alors que des membres de la famille occupaient les autres étages. Ils communiquaient par Intercom et se voisinaient beaucoup.

Elle a grandi à une époque où la place de la religion était parfois envahissante et étouffante, freinant l’ardeur des jeunes qui cherchaient à s’en libérer. Son père était plutôt dévot mais sa mère, indépendante de fortune, était plus en avance sur son temps.

Marguerite est née le 5 juillet 1922 au sein d’une famille de 5 enfants (elle-même, Marie-Claire, Thérèse, Jean et Cécile). Elle a fait ses études primaire et secondaire, en lettres et science, au pensionnat St-Louis de Gonzague durant 11 ans. Sa sœur Marie-Claire, qui avait 10 ans de plus qu’elle, lui a enseigné, ce qui n’a pas été sans conséquences… Marguerite avait toujours été première de classe mais pour éviter de se faire accuser de favoritisme, Marie-Claire prenait bien soin de ne pas lui accorder la première place et la recalait toujours au 2e ou 3e rang… Marguerite affirme encore que c’est là qu’elle a appris à être paresseuse!

 

Loisirs et vacances

Elle allait à l’école du lundi au samedi et avait congé le jeudi après-midi. Comme ses amies, le samedi après midi, il lui arrivait de se sauver de l’école pour aller à l’auditorium du Plateau, au cœur du parc La Fontaine.

Elle allait entendre les concerts symphoniques et les plus grands musiciens et chanteurs de l’époque tout en prenant des notes dans les carnets fournis pour approfondir les connaissances du public sur les œuvres présentées.

Je lui ai demandé si elle aimait les célébrations de la Saint-Jean au parc La Fontaine mais elle m’a avoué son regret de n’y avoir jamais participé. En effet, son père Édouard débutait systématiquement ses vacances le 20 juin. Le rituel estival commençait alors!

Un camion de déménagement se présentait devant chez elle et emportait le maximum pour passer de belles vacances au chalet que la famille louait pour l’été. On faisait un détour obligé par le magasin Archambault de la rue Ste-Catherine pour embarquer le piano loué qui allait accompagner les veillées estivales jusqu’à la fin du mois d’août! Ainsi, non seulement Marguerite n’a t-elle jamais participé aux fêtes de la Saint-Jean dans sa jeunesse, mais en plus elle a raté tous les concours de piano et les remises de prix de fin d’année qui se tenaient à son école… le 21 juin!

Elle a ensuite obtenu un diplôme supérieur à l’Institut pédagogique alors situé sur le boulevard Westmount. Elle a souvent marché le long de la rue Sherbrooke pour y aller et en revenir, elle en connaissait les moindres recoins! Puis, elle a étudié en versification et rhétorique au Collège Marguerite Bourgeois, études abandonnées à cause de problèmes oculaires.

Elle a découvert plusieurs régions du Québec durant les vacances familiales, de Rawdon à Oka, de St-Paul Ermite à Dorion, des rives du Richelieu à Lavaltrie où sa famille a loué un chalet durant de nombreuses années. Elle a développé un goût pour la campagne au point de n’avoir jamais passé un été à Montréal, elle qui vit encore dans la maison de son enfance en pleine ville de Montréal. Elle retourne plusieurs fois par année à la maison de campagne de Lanoraie depuis 1969.

 

Passion pour la lecture et la musique

On dit souvent qu’on est jamais seul avec un bon livre. Pour Marguerite, c’est une évidence! Malgré ses problèmes oculaires, Marguerite dévore des livres depuis sa plus tendre enfance. Comme je le faisais aussi, elle prolongeait ses lectures la nuit sous la couverture avec une lampe de poche. Elle lisait et lit encore de tout! Toute jeune, elle a découvert Le Cid, Molière, Athalie, Polyeucte, Les femmes savantes, et bien d’autres classiques. Ses cadeaux d’anniversaire et de Noël sont toujours des livres sans compter tous les autres qu’elle emprunte à ses enfants et ses amis. Je pige parfois dans sa bibliothèque et elle fait de même avec la mienne! Pour garder la trace de ce petit trafic, elle possède un carnet où elle consigne ses prêts et emprunts!

Elle est de son temps et depuis un an, elle utilise une tablette pour lire la Presse, voir des films et des documentaires ou regarder les photos que ses enfants y ont déposées. Elle aime aussi visiter les musées et est très au fait de l’actualité littéraire et culturelle.

Sa passion pour la musique a germé très tôt, grâce aux leçons de piano à l’école et à celles prodiguées par sa mère Clémentine qui était une pianiste accomplie. Marguerite a longtemps accompagné au piano des chanteurs amateurs de passage à Lanoraie et a transmis le goût de la musique à ses enfants. Sa fille Anne-Marie se rappelle avec délice des Sons et Brioches où elle allait avec sa mère à la Place-des-arts. Marguerite a une passion pour les sonates de Beethoven et aime aussi Bach et Mozart, entre autres. Elle a une très bonne oreille musicale et il lui est encore arrivé récemment de reprendre un ami de René-Pierre qui n’arrivait pas à jouer à son goût la pièce musicale Les deux guitares!

À partir de 1949, Marguerite fréquente les auditions musicales organisées par son amie Marguerite d’Avignon. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance, en 1950, de Jean-Louis Le Scouarnec qui deviendra son mari après 3 ans de fréquentation! Ils ont eu quatre enfants. L’ainé, François-Pierre est né en 1956, suivi de Jean-Michel (1958), René-Pierre (1961) et Anne-Marie (1965).

 

Un amour des voyages

Peut-être à cause des transhumances estivales de son enfance, elle a adoré voyager avec son mari, ses amies ou ses enfants. Elle a fait plusieurs voyages dans la voiture familiale que conduisait monsieur Dieu-Donné Martel surnommé amicalement Pitou.

Son état de santé ne lui permet plus de longs déplacements mais jusqu’à tout récemment, elle a continué à sillonner le monde! Elle a fait une croisière en Alaska en 2005 avec son amie Mme Zalloni et s’est aussi fait plaisir en en faisant d’autres avec chacun de ses enfants, d’abord dans les fjords de Norvège (2007) avec François-Pierre, son épouse Christiane et leur fils Pierre-Olivier qui partageait la cabine avec sa grand-mère. Elle a par la suite fait des croisières en Nouvelle-Angleterre avec Jean-Michel (2008), en Méditerranée avec Anne-Marie (2009), à New-York et en mer Baltique avec René-Pierre (2010).

 

Érudite et de bonne compagnie!

Marguerite est une femme sociable et à l’aise avec tout le monde. Elle a une écoute exceptionnelle et s’intéresse à tout. Sa maison ou la maison de campagne sont souvent pleines de monde. François-Pierre se souvient qu’elle a souvent reçu les randonneurs qui partaient en motoneige le soir et rentraient pour partager café et rôties vers 2 heures du matin. Son époux a implanté la pratique du tennis à Lanoraie et les matchs se prolongeaient par des retrouvailles festives au chalet.

Elle aurait pu devenir journaliste si son père avait été moins conservateur à propos de l’entrée des femmes sur le marché du travail. Elle a tout de même donné des cours privés pendant plusieurs années et siégé sur des comités d’école où elle était très impliquée. Ayant épousé un professeur de philosophie et auteur, membre de sociétés littéraires, elle l’a beaucoup appuyé dans sa carrière, lisant et transcrivant ses manuscrits, corrigeant livres, articles et thèses universitaires et l’assistant pour ses corrections d’élèves. Elle n’a jamais eu trop d’intérêt pour les tâches ménagères comme elle me l’a elle-même confiée, sachant qu’on partage cela!

Elle a des idées bien arrêtées, souvent progressistes, et elle incarne des valeurs de justice sociale, de compassion, de féminisme et d’amour inconditionnel pour autrui, en particulier pour ses enfants. Marguerite est une fervente croyante et je suis en quelque sorte contente qu’elle me compte parmi tous ceux à qui elle pense dans ses prières du soir! C’est une amie fidèle qui correspond encore avec Marie-Louise Goga depuis avant la seconde guerre mondiale! On lui souhaite une longue vie en compagnie de ses proches et amis.

 

Par Thérèse Drapeau[1]

En collaboration avec les enfants de Marguerite!

[1] Photos prises au Village d’Antan de Drummonville, lors des 90 ans et 100 ans de Marguerite et Claire et sur le traversier de  Sorel à St-Ignace de Loyola.

[1] Voir l’article sur Sœur Marie-Claire Drapeau, Vol.22 No. 2

 

Mars 2016 – volume 24, numéro 1, 82e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA  – page 2

Le mot du président –  page 3

Le mot du rédacteur en chef – page 4

Ma mère, Gisèle Bonneville-Drapeau – page 5

Pierre Drapeau, expert des cavités de nos forêts – page 8

Rencontre à l’Île d’Orléans – page 12

Des nouvelles de Michelle Drapeau  – page 12

Chantal Drapeau, patronne pas comme les autres – page 13

Avis de décès  – page 14

Pierre Drapeau, professeurNé à Montréal, Pierre Drapeau est professeur titulaire au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, et co-directeur du Centre d’étude de la Forêt (CEF). C’est l’un des citadins les plus proches de la forêt qui se puisse imaginer! Il n’a pourtant pas développé ce goût pour la nature en camping ou en suivant l’exemple d’un proche durant son enfance. C’est plutôt l’école, qui très tôt, a contribué à son éveil pour les sciences naturelles. En effet, c’est dans une école du nord de la ville de Montréal qu’en secondaire III, un professeur de biologie lui a fait découvrir le monde des sciences naturelles.

Ses racines et sa famille

La famille de Pierre Drapeau est originaire de l’Isle Verte dans le Bas-Saint-Laurent, un terreau fertile pour les familles Drapeau. Son beau-père a offert l’arbre généalogique familial à son père Yvon à l’occasion d’une fête de Noël. C’est ainsi qu’on peut savoir qu’il est de la lignée de Jean-Baptiste Drapeau et Perrine Lacroix de Beaumont. Quant à Omer, son grand-père originaire St-Hyacinthe, il a eu 12 enfants et vient lui-même d’une famille de 13 enfants!

Enrôlé par son père Yvon, Pierre a été membre de notre Association durant quelques années… et je l’ai fortement incité à le redevenir! Il est l’époux de Sophie Lalonde avec qui il a eu deux fils de 20 et 17 ans. L’aîné, Louis-Joseph est en première année de baccalauréat en Études internationales à l’Université de Montréal tandis qu’Olivier, le cadet, termine le secondaire au collège Mont-Saint-Louis. Yves, le frère de Pierre, exerce le métier de plombier.

Parcours académique

Dès son secondaire, le jeune Pierre montre un vif intérêt pour les sciences naturelles puis se dirige en sciences de la santé au cégep Bois-de-Boulogne. Il y fait la rencontre d’un autre professeur passionné qui lui transmet la piqure de la chimie organique, une science aux confins de la biologie et de la chimie.  Il revient toutefois à ses amours pour les sciences de la nature et entreprend des études de baccalauréat en sciences biologiques à l’Université de Montréal. C’est à nouveau un coup de foudre! Parmi ses professeurs, il rencontre Pierre Couillard, père de l’actuel premier ministre du Québec. À cette époque, le Québec tout entier a soif d’apprendre et les événements scientifiques attirent les foules. Pierre Couillard était non seulement un grand chercheur mais un excellent pédagogue. Il a suscité de nombreuses vocations scientifiques par son enseignement mais aussi par ses interventions publiques et sa présence dans les médias. Pierre Drapeau en garde un très bon souvenir.

Il poursuit ses études aux cycles supérieurs et fait ensuite sa maîtrise en ornithologie où il réalise ses travaux de terrain aux Iles-de-la-Madeleine sur l’écologie d’un oiseau échassier bien connu, le Grand Héron. Il hésite ensuite entre poursuivre ses études au doctorat en écologie ou à aller en médecine pour faire de la recherche en épidémiologie.

Pierre est admis à la faculté de médecine de l’Université de Montréal mais le parcours lui semble trop long et il décide de continuer au doctorat en écologie.

Il croisera sur son chemin d’autres chercheurs qui ont marqué l’histoire des sciences naturelles du Québec tel le regretté André Bouchard, professeur à l’Université de Montréal et conservateur du jardin botanique de Montréal, dont les travaux de recherche furent reconnus internationalement. Il était spécialiste de l’écologie des communautés végétales et du paysage et de l’aménagement du territoire. Pierre Drapeau a également côtoyé l’écologiste Pierre Dansereau, décédé quelques jours avant son 100e anniversaire en 2011, célèbre pour ses recherches sur les écosystèmes et son approche interdisciplinaire dans la connaissance du monde naturel.

Pierre Drapeau obtient un doctorat en écologie animale à l’Université de Montréal en 1993. De 1992 à 1994 il est embauché comme biologiste responsable du programme de gestion des écosystèmes des parcs-nature de la Communauté urbaine de Montréal. Il fait un retour dans le milieu académique en 1994 comme stagiaire postdoctoral où il réalise ses premiers travaux de recherche en forêt boréale. Il devient professeur à l’UQAM en 1998 où il enseigne désormais l’écologie de la conservation et la science de la diversité biologique. Il est également directeur adjoint de la Chaire industrielle CRSNG UQAT-UQAM en aménagement forestier durable[1].

Son travail l’amène à voyager un peu partout dans le monde et ses travaux de recherche sont menés dans diverses régions à travers le Québec. Il va à la rencontre des vieilles forêts où les oiseaux forestiers peuvent nous en apprendre beaucoup sur les cycles de la nature.

Passion pour … les trous dans les arbres

Qui n’a pas remarqué au cours d’une promenade en forêt ces trous de différentes grosseurs qu’on trouve souvent dans les vieux arbres ou les arbres morts. Enfant, on nous faisait croire qu’ils abritaient des lutins ou des trolls mais on en sait beaucoup plus aujourd’hui sur le rôle essentiel qu’ils jouent dans le maintien des écosystèmes. On estime que jusqu’à 25% des espèces autres que les oiseaux dépendent de ces cavités comme gite ou site de reproduction. Cela représente un grand nombre d’espèces qui se trouvent menacées dès lors que les vieilles forêts sont morcelées, disparaissent ou que les arbres morts sont abattus, emportant avec eux le logis de mammifères et d’oiseaux désormais vulnérables.

Les cavités creusées dans les arbres morts ou sénescents par des oiseaux ou des mammifères sont fascinantes. Ces habitats, en apparence ingrats, sont convoités et colonisés par les champignons et les insectes dont se régalent les oiseaux forestiers cavicoles. On trouve dans une même forêt des excavateurs, tels des pics et des sittelles, et des utilisateurs comme les hiboux et les écureuils, incapables de creuser leur propre cavité mais y logeant tout à leur aise!

Tout un cycle de survie et d’interdépendance, bien rodé depuis des millénaires, se met alors en place pour développer et maintenir la diversité des espèces dans les habitats.

Pics et peupliers faux-trembles

Depuis 2004, l’équipe de Pierre Drapeau a dressé le profil d’utilisation de 868 cavités d’une forêt boréale mixte en Abitibi dont 7 seulement étaient dues à la décomposition naturelle du bois. Ces observations confirment celles menées ailleurs en Colombie-Britannique à l’effet que le peuplier faux-tremble demeure l’essence d’arbre préférée par les pics.

Le pic maculé est l’excavateur le plus actif mais les cavités creusées par le grand pic (voir photo) profitent aux utilisateurs secondaires de taille intermédiaire et de grande taille tels les canards, les hiboux et autres mammifères.

Parmi la vingtaine d’utilisateurs secondaires de ces cavités creusées principalement par les pics mais aussi par la mésange à tête noire et la sitelle à poitrine rousse, on retrouve la chauve-souris et l’écureuil, l’hirondelle et le merle bleu de l’Est, la petite nyctale et la crécerelle d’Amérique, le petit garrot et le garrot d’Islande. Outre le peuplier faux-tremble, d’autres arbres se prêtent au creusage de cavités tels le pin gris, l’épinette noire, le sapin baumier, le frêne noir et le bouleau à papier.

L’intérêt de ces recherches est directement lié aux stratégies d’aménagement de la forêt boréale convoitée par l’industrie forestière. Voyant leurs possibilités d’hébergement en cavité disparaître, les plus petites espèces peuvent s’adapter mais celles de plus grande taille pourraient voir leur capacité de reproduction diminuer fortement.

En documentant les similitudes et les différences quant à l’origine des cavités, les utilisateurs de celles-ci et la nature des relations écologiques entre les espèces, il est plus facile de comprendre l’impact des aménagements forestiers et de favoriser des approches durables pour préserver la faune cavicole et l’écosystème qui en dépend, tout en permettant la tenue d’activités de récolte de bois.

Des projets pour l’avenir

Le professeur Drapeau est passionné par son travail et par l’avenir de la société dans laquelle il vit. Il co-dirige le plus important centre en recherche forestière qui regroupe plus de 75 chercheurs de 11 universités[2]. Son engagement l’a amené à dénoncer publiquement les compressions gouvernementales qui ont fait tant de mal à la recherche dans tous les domaines[3].

Pierre Drapeau a beaucoup de pain sur la planche. En plus de ses propres recherches, de ses voyages et des travaux d’étudiants de 2e et de 3e cycle qu’il supervise, il s’inquiète pour l’avenir des jeunes diplômés compétents et dévoués qui, en ces temps d’austérité, peinent à trouver des emplois à la mesure de leurs talents. Les universités ne peuvent offrir des carrières à tous. Le secteur privé, les agences et ministères doivent également s’engager dans la conservation et la protection de nos écosystèmes dans une perspective de développement durable pour les générations qui nous suivront. Comptons sur l’enthousiasme et l’énergie de chercheurs comme Pierre Drapeau pour veiller au grain!

Par Thérèse Drapeau, muséologue et communicatrice scientifique

[1] Chaire en aménagement forestier durable http://chaireafd.uqat.ca/accueilF.asp

[2] Centre d’étude de la forêt http://chaireafd.uqat.ca/accueilF.asp

[3] Lire à ce sujet la lettre au premier ministre Couillard qu’il a co-signée avec une cinquantaine de chercheurs en décembre 2014 http://www.cef-cfr.ca/uploads/CEF/Couperlarecherchescientifiqueenfor%EAtCEF.pdf

 

Décembre 2015 – volume 23, numéro 3, 81e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page  2

Le mot du Président – page  3

Projets de l’Association des Familles Drapeau – page 4

Le mot de l’Éditeur – page 4

Me Michel W. Drapeau – page 5

Résumé journée à Ste-Luce-sur-Mer – page 6

Photos Réunion annuelle 2015 – page 12

Résumé de la réunion annuelle – page 15

Drapeau municipalité Ste-Luce.Accueillis par un soleil radieux dans ce magnifique village du Bas-Saint-Laurent, environ 170 participants se sont rassemblés pour la rencontre annuelle des familles Drapeau. Chacun avait pu à l’avance prendre connaissance de l’histoire des Drapeau de Sainte-Luce-sur-Mer en lisant le dossier spécial publié dans le numéro de juin 2015 du Bulletin de l’Association.

Avec, en page couverture, une illustration de la maison ancestrale des Drapeau de Sainte-Luce, ce numéro rappelait l’apport au développement économique du Bas-du-Fleuve de cette branche des Drapeau dont le seigneur Joseph Drapeau (1752-1810) fut une figure emblématique. Considéré comme un des premiers millionnaires de son époque, son influence s’est étendue de Rimouski à Ste-Angèle en passant par Sainte-Luce, sans oublier les seigneuries qu’il possédait aussi dans la Baie du Ha! Ha! et à l’île d’Orléans.

Ses nombreux descendants ont également laissé leur marque dans la région; deux de ses filles, Luce-Gertrude et Louise-Angèle ont d’ailleurs donné leurs noms aux  églises des paroisses Sainte-Luce et Sainte-Angèle. Les lecteurs peuvent retrouver dans le Bulletin de juin dernier les portraits des membres d’hier et d’aujourd’hui de cette grande famille que nous avons appris à mieux connaître au cours de ce séjour.

 

Une assemblée générale sous le signe de l’Acadie!

Notre rencontre annuelle, qui se tenait dans la salle de l’ancienne église de Luceville, coïncidait cette année avec la fête des

Acadiens. Plusieurs étaient parmi nous et ce fut assez émouvant de chanter tous en chœur l’Ave Maria Stella, hymne des Acadiens, motivés par notre animateur du jour, Martin Côté, fils de Madeleine Drapeau. Bertrand, fondateur de l’Association, en a profité pour rappeler que notre ancêtre commun était arrivé à l’âge de 17 ans en Nouvelle-France il y a exactement 350 ans! Bonne occasion pour remettre en valeur le monument commémoratif de Beaumont avec l’aimable collaboration des nouveaux propriétaires de la maison de notre ancêtre Antoine Drapeau.

 

Inauguration du parc Luce-Gertrude-Drapeau

Après un généreux buffet, nous avons débuté notre découverte du village par la Halte luçoise. Celle-ci a été officiellement rebaptisée parc Luce-Gertrude-Drapeau en présence du maire Paul-Eugène Gagnon et de plusieurs membres des familles Drapeau de la région. On peut y jouir d’un point de vue inégalé sur le fleuve et s’y reposer en chemin sur la route des Navigateurs. Sur la plaque intitulée Luce-Gertrude Drapeau, seigneuresse (1794-1880)  qui y a été dévoilée, on peut lire: «Le seigneur Joseph Drapeau meurt en 1810 en laissant à son épouse et à ses six filles de nombreuses seigneuries dont celle de Lepage et Thibierge où le village de Sainte-Luce est érigé. Sa fille Luce-Gertrude administrera pendant plus de 40 ans les biens laissés par son père. De grande intelligence, elle veillera au bien-être de ses censitaires. – Le 15 août 2015 – Association des familles Drapeau inc.»

 

Nouvelle plaque au moulin banal

Sous un soleil éclatant, nous avons ensuite assisté au dévoilement d’une plaque commémorative au moulin banal du ruisseau à la Loutre. Celui-ci a été construit grâce à la générosité de la seigneuresse Drapeau, pour remplacer un ancien moulin qui tombait en ruine au même endroit. De 1850 à 1926, le moulin a été opéré par plusieurs meuniers, avant que le gouvernement du Québec en fasse l’acquisition en 1927 pour y construire une route à proximité. Il changea de vocation en 1941 pour devenir un centre d’accueil touristique puis fut converti en restaurant en 1990, perdant du coup sa roue et les traces de sa mission d’origine. Depuis l’an 2000, il est la propriété de Sylvie Dubé et Gervais Sirois qui accueillent les visiteurs dans ce qui est devenu le gite Le Moulin banal. Nous y avons été chaleureusement accueillis et avons pu visiter les lieux et admirer la vue formidable qu’on y a depuis la terrasse.

 

Visite à l’église Sainte-Luce

Plus tard, nous nous sommes dirigés vers l’église Sainte-Luce, classée monument historique. Plusieurs en ont profité pour marcher dans le très joli cimetière en bordure du fleuve où reposent des générations de Drapeau. De style néo-classique, cette église en pierre de taille a été construite de 1838 à 1840 et sa façade refaite en 1914. Sa décoration intérieure a été conçue par le célèbre architecte Thomas Baillargé et comprend des vitraux alternant des scènes religieuses et des faits historiques tels l’arrivée de Jacques Cartier à Gaspé et l’enseignement de Marie de l’Incarnation aux enfants. On a aussi pu y admirer la très belle peinture d’Antoine Plamondon représentant Sainte-Luce priant pour la guérison de sa mère au tombeau de Sainte-Agathe. Cette œuvre aurait été offerte par Luce-Gertrude Drapeau. Notre guide nous a aussi fait entrevoir la crypte et la petite chapelle à l’arrière. Il nous a enfin accompagné au jubé pour voir l’orgue Casavant qui y est installé et admirer la vue d’ensemble sur la nef.

 

Et des agapes pour conclure en beauté!

Nous avons terminé ce bel après-midi à la maison ancestrale de la famille Drapeau à l’invitation d’Aline, Colombe, Claire et Claude qui nous ont offert l’apéro sous la tente. Tout en discutant avec ses voisins, on pouvait consulter des photos et un tableau généalogique qui rappelait leur histoire. Nous nous sommes ensuite retrouvés très nombreux pour souper à l’ancienne église où un copieux buffet nous attendait, arrosé de vins bien choisis pour l’occasion.

 

Il a été agréable de combiner notre réunion annuelle avec les retrouvailles de nos amis Drapeau originaires de Sainte-Luce. Espérons que cette initiative devienne une nouvelle tradition pour maintenir un nombre suffisant de participants à nos rencontres annuelles permettant d’offrir une programmation attrayante pour tous. Rendez-vous à l’île d’Orléans en 2016…  et à Montréal pour le 375e anniversaire de la métropole en 2017!

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Thérèse Drapeau est communicatrice scientifique et muséologue et collabore depuis plusieurs années au bulletin des familles Drapeau.

 

Juin 2015 – volume 23, numéro 2, 80e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page  2

Le mot du Président – page  3

Projets de l’Association des Familles Drapeau – page 4

Le mot de l’Éditrice – page 5

Maison ancestrale – page 6

Hommage à mon père par Florent Drapeau – page 9

Réunion annuelle 2015 – page 12

Famille Drapeau de Rimouski – page 14

Pierre Drapeau pommiculteur – page 20

C’est avec beaucoup de fierté que je vous propose ici un bref résumé de ce que mon père André a accompli durant sa vie pour sa famille et au sein de la communauté. André Drapeau est né le 1er janvier 1914 dans la paroisse de Mont-Carmel, dans le comté de Kamouraska. Son père, Joseph Drapeau, avait épousé Marie Francoeur le 31 mars 1913.

Il était l’ainé d’une famille de cinq enfants: quatre garçons et une fille. Les enfants occupent des emplois et habitent autour de la paroisse; cependant sa sœur Isabelle quitte pour Québec à cause du travail de son mari tandis que son frère Frédéric part à l’aventure en Abitibi en quête de travail.

André, comme tous les enfants de cette époque, fréquente l’école primaire non loin de la maison paternelle, juste assez longtemps pour apprendre à lire et à écrire. Il a dû quitter vers la quatrième année pour aider son père à la petite ferme qu’il exploitait; il participait aux travaux journaliers, été comme hiver.

Il vit son adolescence comme tous les autres jeunes de cette époque. En âge de se déplacer un peu plus loin du foyer, il deviendra bucheron aux alentours de Mont-Carmel surtout dans les chantiers du Lac de l’Est, à quelques dizaines de kilomètres du foyer paternel. Plus tard il ira exercer le même métier, à longueur d’année, jusqu’en Abitibi sans bien sûr les outils et équipements perfectionnés d’aujourd’hui.

De retour à Mont-Carmel, il acquiert une petite maison avec un lot de terre cultivable dans le même rang où il est né. Le 23 juin 1936, il épouse Irène Beaulieu fille d’un cultivateur demeurant un peu plus bas vers le village. De cette union sont nés six enfants: Florent (1938), Gilbert (1939), Richard (1941), Claude (1947), Yvon (1949) et  Rosane (1952).

Des loisirs, André n’en a pas eu beaucoup, car il fallait travailler fort pour subvenir aux besoins de la famille. Comme il se plaisait à le dire: «Des vacances, ça n’existaient pas dans notre temps!»

André Drapeau et Irène Beaulieu - 23 juin 1936De plus, il n’avait pas peur des défis! En 1943, après y avoir bien réfléchi, il décide d’acheter la terre de son oncle Joseph Francoeur, frère de sa mère, dans le rang 6 au sud-ouest de la paroisse. Tout devient possible pour lui: il peut agrandir la terre cultivable et comme il possède aussi des lots à bois, il est occupé à l’année longue sans quitter la famille. La ferme a dès lors poursuivi sa croissance de sorte qu’il est devenu un des plus gros producteurs de lait de la région. Vers la fin des années 1970’, mon frère Gilbert a pris la relève bien que mon père ait continué à le superviser dans cette tâche. Il a également travaillé dans un moulin à scie durant un certain temps avant de restreindre ses activités puis de prendre sa retraite.

Notre père s’est aussi impliqué dans sa communauté et il était toujours disponible pour aider les voisins au besoin. Bénévole dans la ligue des Citoyens, la Garde paroissiale et dans les Chevaliers de Colomb, il fut aussi maire de Mont-Carmel (1961-62) et président de la Caisse populaire.

Aimant la nature il a pratiqué la pêche et un peu le golf mais il a surtout apprécié voyager avec son épouse Irène. Il avait aménagé un Chevrolet Van à son goût pour partir à l’aventure au Québec, visitant Percé, le Saguenay et d’autres régions. En 1990, il profitera de voyages organisés pour découvrir la France, l’Italie et le Portugal.

En mars 1994, un très grand malheur survient, notre mère décède subitement à l’âge de 79 ans. Devenu veuf, il demeure quelques mois dans le logement qu’il partageait jadis avec elle avant de déménager dans une habitation à loyer modique non loin de l’église. Il y habitera jusqu’en 1998 avant de nous quitter le 30 décembre de la même année après une courte maladie, deux jours avant son 85ième anniversaire.

J’admire mon père pour tout ce qu’il m’a inculqué et pour son intégrité. C’était un homme aimable, de bonne humeur et toujours prêt à aider.

En un mot, c’est  un père qui a réussi à communiquer la tendresse et l’amour.

Florent Drapeau, 010

 

Mars 2015 – volume 23, numéro 1, 79e bulletin

Les objectifs de l’association et le CA – page  2

Le mot du Président – page  3

Monument de Beaumont – page 4

Le mot de la rédactrice – page 5

Frères Drapeau et hockey – page 6

Restauration maison Drapeau – page 9

Invitation de Fernand Drapeau – page 11

Réunion annuelle 2015 – page 12

Jean-François Drapeau – page 15

Épicerie chez Daniel Drapeau – page 16

Ferme Jeannicole de Kamouraska – page 18

Philippe Drapeau de France – page 21

Publicité – page 22

Avis de décès – page 23

Publié dans le journal « Le Placoteux », le 14 octobre 2014 – Par Maurice Gagnon

Christian et Yvan Drapeau (bulletin mars 2015)
Crédit photo : Marc Lajoie, MAPAQ

KAMOURASKA – Propriétaires de la ferme Jeannicole, les frères Christian et Yvan Drapeau ont raison d’être fiers. Plusieurs années de travail ont été couronnées du titre prestigieux de Commandeur de l’Ordre national du mérite agricole, la plus haute distinction que l’on peut obtenir en agriculture.

Leur ferme est située dans le rang des Côtes à Kamouraska, celui qui unit cette municipalité à Saint-Germain. Son histoire familiale remonte à 1944 avec l’achat de la terre par Arsène Drapeau, arrière-grand-père de Christian et Yvan. L’année suivante, il vend la ferme à son fils, Pierre, qui la cédera à son tour en 1969 à son fils Jean-Marie et son épouse Nicole Labrie. Au fil des ans, ceux-ci améliorent le fond de terre, érigent de nouveaux bâtiments et accroissent le troupeau. Diplômés depuis 1993 de l’ITA de La Pocatière en Gestion et exploitation d’entreprise agricole, les jumeaux Christian et Yvan acquièrent l’entreprise de leurs parents en 2003.

En 1999, Jean-Marie et Nicole tentent leur chance pour une première fois au concours de l’Ordre du mérite agricole dans la catégorie Bronze. « On avait une bonne structure d’entreprise, mais il nous manquait des points en sécurité et en environnement pour bien se classer », raconte Yvan Drapeau. Cette expérience permettra toutefois à l’entreprise de transformer ses points faibles en points forts. En 2004, lors du concours suivant, Christian et Yvan, propriétaires depuis un an seulement, ne participent pas. Ils attendent le rendez-vous suivant en 2009. Ils s’inscrivent alors à la catégorie Argent et remportent les honneurs.

Quand on réussit à se classer pour l’obtention du Bronze ou de l’Argent, on obtient automatiquement le titre respectif de Chevalier et d’Officier. Pour l’Or, c’est différent. Un seul titre de Commandeur est octroyé. Toutefois, si on est pas retenu, on peut postuler à nouveau dans cinq ans. Les frères Drapeau l’ont obtenu à leur première tentative.

Yvan drapeau et sa famille (Bulletin Mars 2015)
(Photo credit: Marc Lajoie, MAPAQ)

Tous les aspects

Après avoir rempli la fiche d’inscription, les deux producteurs ont reçu la visite des juges. Tous les aspects de l’entreprise sont pris en considération dans l’évaluation. « Il faut que tu sois capable d’analyser et de justifier tout ce que tu fais sur la ferme », ajoute Yvan.

Le troupeau de la ferme Jeannicole compte 160 têtes de race Holstein, dont 85 vaches en lactation. La moyenne annuelle est de 10 500 kilos de lait. Le quota est de 80 kg/jr. Le cheptel comprend cinq vaches classées excellentes, 43 très bonnes et 38 bonnes plus. La superficie en culture est de 500 acres de terres en propriété, drainées et nivelées.

Yvan et sa conjointe Kathy Boucher ont trois enfants, deux filles et un garçon. Christian et Marjolaine Pelletier ont aussi deux filles et un garçon. Malgré leur jeune âge – 13 et 14 ans – les deux fils sont ceux qui semblent les plus intéressés à assurer un jour la relève.